Les réunions de l'Icann sont, pour son président, l'occasion de faire le point sur le nommage Internet. Avec le discours de Paul Twomey, la réunion du Cap n'a pas dérogé à la règle.
Le point d'orgue de toute réunion Icann est le "public forum". Généralement organisé en deux parties, il donne à tous l'occasion d'assister aux délibérations du conseil d'administration de l'Icann et la possibilité de poser directement des questions.
Le public forum est d'autant plus intéressant qu'il commence toujours pas une allocution du président. C'est l'occasion pour ce dernier de rappeler les principaux dossiers sur lesquels travaille l'Icann, les enjeux des mois à venir, les travaux réalisés depuis la précédente réunion… Bref, en quelques minutes, le président dresse un véritable état des lieux du nommage sur Internet tel qu'il est perçu par l'organisme en charge de le réguler.
Voici, en résumé, les principaux points abordés par Paul Twomey, l'actuel président de l'Icann, au Cap le 3 décembre dernier.
Sur les nouvelles extensions génériques De nouvelles extensions génériques devraient bientôt voir le jour. Confirmation de Paul Twomey de l'état d'avancement de ce dossier :
"Nous avons reçu dix dossiers de candidature pour ces extensions. Deux ont déjà passé le stade de la vérification du sponsor et de l'évaluation technique. Les négociations commerciales et techniques vont maintenant commencer. Il s'agit du .POST et du .TRAVEL. Ce n'est qu'une fois les négociations terminées que ces deux candidatures seront soumises au conseil d'administration pour approbation. Les huit autres dossiers sont toujours en cours d'évaluation." (ndlr: depuis, le .MOBI et le .JOBS ont également passé le premier stade).
Le renouvellement du contrat de gestion du .NET L'actuel contrat, accordé à Verisign, expire le 1 juillet prochain. Plusieurs candidats à la succession de Verisign se sont déjà fait connaître, mais Paul Twomey a tenu à rappeler l'égalité des chances pour tous :
"Je tiens à préciser qu'il s'agit bien, dans cette affaire, d'une nouvelle négociation sur la gestion du .NET. Ainsi, en aucun cas ne faut-il considérer que l'actuel gestionnaire ne peut pas se porter candidat avec les mêmes chances que les autres. Il ne faut pas interpréter notre appel à manifestations d'intérêt comme étant obligatoirement destiné à changer le gestionnaire. Par ailleurs, je tiens à rappeler que l'Icann entend faire évaluer les dossiers de candidature par une entité internationale et indépendante."
Des accords entre l'Icann et les registres nationaux L'Icann continue de chercher à obtenir l'allégeance des registres nationaux, surtout les registres européens, encore très réfractaires puisqu'ils considèrent que le régulateur ne leur laisse pas assez de contrôle ou de visibilité sur la fameuse "fonction IANA". Rappelons qu'il s'agit du système permettant d'activer et de désactiver une extension sur Internet. C'est en quelque sorte l'interrupteur principal du réseau qui est entre les mains de l'Icann.
Le régulateur multiplie donc les tentatives de rapprochement avec les registres nationaux. Ainsi DomainesInfo.fr a appris que le bureau européen de l'Icann, en Belgique, a contacté certains registres européens en leur proposant un contrat de "collaboration mutuelle". Des négociations qui n'ont pour l'instant pas été rendues publiques, mais que Paul Twomey a indirectement confirmées lors de son allocution du Cap :
"Nous continuons nos discussions avec les gestionnaires d'extensions nationales pour déterminer ce que nous appelons un "cadre de responsabilité". Pour clarifier ce point, il s'agit de poser sur papier les responsabilités de chacun vis-à-vis de l'autre dans la gestion des fichiers de zone ainsi que le rôle des extensions nationales et de l'Icann en tant que garants de la stabilité de l'Internet mondial."
"Les discussions prennent différentes formes. Pour certaines, c'est très simple. Il peut simplement s'agir, par exemple, d'une feuille de papier avec une liste de points sur lesquels chacun se met d'accord. Pour d'autres, le processus est nettement plus complexe et il génère de longs documents juridiques. Mais notre approche est de commencer par fixer les principes clefs pour ensuite gérer les spécificités de chacun selon les situations et les besoins de chaque extension."
Un "fond spécial restreint" pour les pays en voie de développement. L'Icann a profité de cette réunion organisée en Afrique du Sud pour souligner son engagement envers les pays en voie de développement. Paul Twomey a mis l'accent sur une initiative annoncée dans le plan stratégique de l'Icann pour les trois prochaines années pour aider ces pays à participer plus activement à la gouvernance Internet :
"Il y a dans ce plan une proposition visant à ce que l'Icann puisse mettre des fonds de coté pour assurer la sécurité et la stabilité de l'Internet mais aussi pour augmenter la participation des pays en voie de développement. Nous appelons cela un "fond spécial restreint". La loi américaine sur les organisations à but non-lucratif permet la création de fonds spéciaux restreints afin de financer un projet sans pour autant faire sortir l'organisation de son statut non-lucratif."
"L'envie d'aider les pays en développement à participer se fait fortement sentir dans la communauté Internet. Alors certes, la porte est ouverte et tous peuvent participer. Mais pour pouvoir le faire, il faut aussi disposer des ressources nécessaires."
Réduire le temps de réponse de l'Icann. L'Icann est souvent critiqué pour son extrême lenteur, surtout par ceux qui ont un jour tenté de contacter le régulateur et qui attendent toujours une réponse. Surprise, au Cap, Paul Twomey a abordé le sujet :
"Nous sommes très conscients de ce problème. Sur les douze derniers mois, notre temps de réponse a baissé. Je suis très inquiet de l'émergence d'une sorte de phénomène de "trou noir" où les gens ne reçoivent plus de réponse de l'Icann. Il semble que nos systèmes ne soient pas adaptés à la charge, nous comptons donc travailler pour y remédier."
"Pour vous donner la mesure du problème, nos recevons environ 145,000 emails par jour actuellement. Comme nos adresses email sont publiques – je ne connais pas beaucoup d'entités qui affichent l'adresse email de leur PDG à six endroits différents sur leur site web - nous sommes un cible privilégiée pour le spam. Une fois débarrassé du spam, nous avons quand même de 10 à 15,000 emails professionnels à traiter chaque jour, ce qui fait une moyenne de 345 à 520 messages par employé."
"Sur les mois à venir, nous allons donc tenter d'instaurer des systèmes de gestion de flux plus efficaces, des interfaces web par exemple. Certains registres, nationaux ou génériques, nous ont indiqué les solutions qu'ils mettent en œuvre pour faire face à des problèmes similaires… et nous sommes prêts à investir dans ce dossier."
Pour finir, quelques chiffres… "Les demandes d'accréditation registrar ont fortement augmenté en 2003/2004. Nous en sommes actuellement à 374 registrars."
"Sur le plan des registres gestionnaires d'extension génériques, nous en comptons actuellement 15. Selon les résultats du processus en cours pour créer de nouvelles extensions, nous pourrions grimper jusqu'à 25 registres de gTLD l'année prochaine."
"Les procédures juridiques nous impliquant sont passées de 0 à 2, puis 3, 4, 5, 6 et maintenant 11. L'une de ces procédures reste très compliquée (ndlr : celle qui oppose l'Icann à Verisign) et utilise beaucoup de nos ressources."